Les sœurs Goadec : l'âme chantante de la Bretagne
Si l'on devait choisir un son pour définir la joie de vivre bretonne, ce serait sans aucun doute le chant des sœurs Goadec.
Originaires de Tredrez-Locquémeau dans le Trégor, Maryvonne, Anastasie, Eugénie et leur sœur aînée Louise sont avant tout les gardiennes vivantes du kan ha diskan, c'est-à-dire le chant et le contre-chant, une tradition vocale au cœur du fest-noz et de sa danse en cercle. Elles ont su faire passer cet art rural et intime sur les grandes scènes, lui offrant ainsi une nouvelle vie.
Un chant venu du fond des âges
Leur style est immédiatement reconnaissable. C'est un chant à l'unisson, puissant et brut, sans fioritures ni académisme : juste de l'authenticité. Le secret de leur magie tient à leur lien fraternel : leurs voix s'imbriquent avec une justesse et une intensité que seule une vie entière passée à chanter ensemble peut engendrer. Leur répertoire, fait de gwerzioù (complaintes) et de chants à danser, est porté par un rythme implacable, celui-là même qui fait battre le cœur du fest-noz.
Poésie et force : un aperçu des paroles
Même dans la plainte (gwerz), on retrouve une force et une beauté qui définissent l’esprit breton. Voici un exemple d’un chant souvent interprété par les sœurs, qui témoigne de la richesse de la culture transmise :
| Breton (Kan ha Diskan) | Français (Traduction Littérale) |
| Me ‘zo ganet e-kreiz ar mor, | Je suis né au milieu de la mer, |
| Er-kreiz an avel, ar glac’har vras. | Au milieu du vent, de la grande peine. |
| Krochet eo ma c’halon, | Mon cœur est déchiré, |
| Gant al labous-mor ‘neus ma lakaet. | Par l’oiseau de mer qui m’a délaissé. |
| Ma zad, ma mamm, ‘neus laosket ac’hanon, | Mon père, ma mère m’ont abandonné, |
| Gant ur vagig bihan war ar mor-bras. | Avec un petit bateau sur la grande mer. |
Une joie née de la résilience
Chez les Goadec, la joie est avant tout résilience, partage et fierté. Elles ont porté haut la langue bretonne et les traditions du Centre-Bretagne à une époque où elles étaient souvent méprisées, et leur succès a représenté une vraie victoire culturelle.
Leur chant est l'incarnation sonore du fest-noz, cette fête nocturne où l'on danse jusqu'à l'aube, où les peines du quotidien s'oublient dans la sueur, le rire et la chaleur du cercle. Sur scène, elles se présentaient avec simplicité, trois femmes rayonnant d'une passion sincère. C'est dans cette sincérité que réside une joie profonde : celle d'être soi, pleinement.
Un héritage à écouter
Si vous ne les connaissez pas encore, commencez par leur album « enregistrement public à l'Olympia » (1975). Leurs voix décrivent et incarnent pas la Bretagne. Elles sont le vent des Monts d'Arrée et la chaleur d'un verre partagé après la danse.
- Concert à Bobino (1973) — un live emblématique :
- « En Garnison » (Plinn) — un chant à danser entraînant
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Ouest France : 16 avril 2025

